Feuille

24 septembre, au marché

Dans mon sac grand ouvert
Je dispose courgettes choux tomates
basilic patate douce
          Une feuille envolée vient s’y poser aussi
Petite et rousse
sur le vert des brocolis
échappée du platane
gracieuse comme un colibri

          Et te voici feuille
          comme une main à quatre doigts
posée sur le chêne de mon bureau
un peu froissée
délicatement veinée
bruissante

          te voici arrivée
dans mon poème d’automne

Colchiques

« L’été se prolonge un peu plus qu’autrefois » dit Maya à sa petite fille, Colombe, qui écoute à peine. C’est ainsi.
Tu veux que je te raconte comment jadis les arbres perdaient leurs feuilles ?
-Les arbres ?
La petite n’a jamais vu un arbre. Alors, perdre des feuilles …
Maya elle-même ne connait ce phénomène que par les images de synthèse.
Avec tout un folklore : les enfants sur le chemin de l’école, les cahiers dans les sacs, les feuilles qu’on ramasse pour les dessiner
Colombe n’a jamais pris le chemin de l’école, ni touché une feuille de papier, pas plus qu’une feuille d’arbre.
Mais elle sait chanter.
Maya s’éclaircit la gorge et commença :
« la feuille d’automne
emportée par le vent
en rondes monotones
tombe en tourbillonnant
Colchiques dans les prés
Fleurissent fleurissent
C’est la fin de l’été »
-C’est quoi colchites demanda l’enfant ; colchiques corrigea Maya. Des fleurs
-Quelle couleur ?
Maya ne savait pas.
Elle montra à la petite des images de son enfance à elle.
Des arbres très verts comme on en alignait dans les villes, propres, conçus pour décorer. Le long des rues, sur les places, toujours verts. En décembre on ajoutait quelques sapins synthétiques avec des leds colorés. Au printemps, des parterres de fleurs en plastique ornaient les ronds-points.
Ce n’était pas encore assez propre, se consola Maya. Le tout minéral, c’est plus fonctionnel. Et, maintenant, comme n’y a plus d’arbres, ni réels ni en plastique, on projette des images sur le béton. Colombe les verrait sur les murs de la ville, ces arbres de jadis roussis par l’automne et peut-être on projetterait aussi des colchiques. Elle regarderait des fleurs sur grand écran.
Quand on serait autorisé à sortir.
Maya soupira.
Colombe aussitôt demanda : « encore la chanson ».
« la feuille d’automne
emportée par le vent … »
– Chante avec moi, Colombe, dit Maya. Attends, juste un petit réglage.
Elles chantèrent.
« colchiques dans les prés
Fleurissent fleurissent … »

Maya se sentit émue aux larmes. Et fière de sa programmation.
Comme elle l’aimait, son petit humanoïde, avec ce joli nom secret qu’elle lui avait donné : Colombe.

Requiem pour un nénuphar

Requiem pour un nénuphar
écrit Olivier le jardinier
Olivier quel beau nom pour un jardinier
Requiem pour un nénuphar
arraché à la beauté du jour
N’arrachez pas de vos mémoires
la belle histoire
que le poète a fait pousser
le poète est le jardinier des mots
n’arrachez pas la petite herbe
ni l’ombre
du micocoulier
n’arrachez pas un seul cosmos
ni une feuille argentée
Olivier quel beau nom pour un poète.

Jardin du Fort st André, 19/09/20 (« Requiem pour un nénuphar » est le titre du message que le jardinier a posé près du bassin pour ceux qui ont cueilli ou laissé cueillir une fleur de nénuphar.)

Tristesse du platane

Les platanes d’ici, en pleine feuillaison, verts, tendres et fournis sont en ce moment mutilés, les voici transformés en troncs gris qui tendent leurs moignons.
Bien sûr, ils ne sont ni tristes ni en colère, mais moi, je le suis, en les regardant.
Pourquoi ?
EST-CE POUR N’AVOIR PAS A RAMASSER LES FEUILLES QUE L’ON COUPE LES BRANCHES avant même que les feuilles perdent leur sève !!!!
PAR PRECAUTION ?
Avant la tempête on enlève les feuilles qui pourraient offrir une trop grande prise au vent, vent qui pourrait faire tomber les branches, branches qui pourraient détériorer nos véhicules, et …
Il me fait mal, ce monde, où l’on coupe, où l’on châtre, où l’on mutile le vivant par ignorance ou par « précaution » au lieu de glorifier ce qui fait sa beauté.
Les feuilles vertes, vigoureuses, vivantes sont entassées sur le pavé, une montagne de tristesse pour qui aime les arbres. Et de la colère.
Dans ce monde-là, peintres et poètes n’ont plus de place.
Courbet, Monet pourraient ranger leur palette.
Prévert ne pourrait célébrer les regrets de l’amour perdu, avec les feuilles mortes « qui se ramassent à la pelle … » ni
On célèbre toujours les couleurs : les arbres encore verts, le jaune et le rouge qui accrochent le soleil, en octobre, et jusqu’à la fin de novembre. Oui, novembre, et même décembre.
Au Japon, la fête des couleurs dans les Jardins dure de mi-novembre à mi-décembre.

Privée de couleurs
privée d’automne Ville triste
Proteste ô Poète
séparé du bleu d’été
et des promesses de l’or

Traversant la pluie
un soleil flamme éclatante
nous ravive le coeur

Carnet d’Edemya (extrait)

17 mars 2020, Île de la Réunion, Étang Salé.

EDEMYA : Notre nouvelle résidence : un bungalow de vacances, plutôt vaste, avec des couleurs vives, idéal pour bien respirer. Les derniers vacanciers vont partir. Il n’en viendra pas d’autres
L’approche se fait à petits pas – au début je ne sais pas encore si je vais aimer ce lieu, j’aurai trop chaud ou trop froid ou trop je ne sais quoi, trop de méfiance … Et puis le lieu m’apprivoise complétement. La peur reflue. La peur qui empêche d’être. ETRE adviendra.

EDEMYA. Dans ce nom
Il y a
EDEN
On peut entendre aussi EPIDEMIA, épidémie et même pandémie.
Il y a les couleurs de l’EDEN
Le vert le bleu le pourpre des bougainvillées le jaune de l’hibiscus
La danse des palmiers
Libres animaux oiseaux abeilles lézards papillons

Il y a aussi un ylang-ylang qui a perdu son parfum mais porte encore quelques fleurs et quantité de fruits noirs, comme des grains de raisin. C’est un arbre qui fait des coudes noueux même quand on ne le taille pas. Je n’en ai jamais vu d’aussi grand ; au début, c’est mon préféré car il m’accueille, me prend dans ses grands bras. Ici, l’automne arrive, très doux, et sempervirens, arbres et arbustes restent verts. Ensuite, l’hibiscus jaune et moi, nous deviendrons amis.

19 mars, Plage d’Étang Salé

Vagues immenses, dentelles géantes. Va -et-vient de nombreux pétrels chaque soir, au matin, couple de hérons. Les couchers de soleil sont tous inattendus, délire de teintes roses, rouge sang, or et pourpre, troupeaux d’ours ou de dragons, timides petits nuages effilochés.

Au bungalow : A ma droite le balancement d’une feuille de bananier, à mon oreille le pépiement d’un oiseau, dans ma tête cette beauté de l’instant…La nuit un clin d’œil à Sirius, et, au petit matin rester sidéré par Jupiter, Saturne et Mars… En moi, les images sereines de ceux que j’aime, quel défilé.

Un jour nous comprendrons que la poésie n’était pas un genre littéraire mal vieilli mais une affaire vitale, la dernière chance de respirer dans le bloc du réel. Christian Bobin

Départ matin 5h 30 : la trille brève du foudi sur le chemin ; une chauve-souris s’attarde ; il y a tellement de nourriture à portée d’antenne ; plage : vol du héron vert sur les rochers sombres ; tiens, où est passé le deuxième héron ? Hier il y avait le couple. Laisser les sandales et la lampe au creux d’un rocher, toujours le même, et marcher vers le jour. Le sable peu à peu s’éclaire. Soleil en face. Écume resplendissante.
Chaque nuit la mer reconfigure la plage ; les traces de vagues : des montagnes chinoises, œuvre d’art « ready made » comme les Chinois les font en isolant des éléments de jade ou d’onyx, ou de simples galets qui « représentent » les montagnes aux contours adoucis par la brume. […]
A découvrir chaque matin.
Chaque aurore est un cadeau. Certains matins, ce sont les grandes orgues, d’autres fois une petite musique.
Souvent la beauté me prend à la gorge.

EMBRUNS vous ne laissez nulle part
L’empreinte de votre secret
Seules nos lèvres gardent de vous
Cette saveur de sel et de larmes
François CHENG

22 mars

Plus de traces d’avion dans le ciel.
Et les nuages se mettent en fête pour nous raconter des histoires.

Mon cerveau s’est ralenti au point de n’émettre que le minimum de pensées : tout entier pris par les bruits extérieurs, roulement de la houle, chant du bulbul, pioup pioup (ou tchip tchip ou tak tak) des passereaux, l’écho, plus loin de la tourterelle, wou ou, c’est la malgache, les autres je n’arrive pas à figurer le son (ni à le reproduire), par le balancement des palmes, le mouvement de deux papillons jaunes qui se rencontrent et se quittent.

Sentiment de vivre débranchée.

Les 3 sœurs
Juste avant le lever du jour, les 3 planètes : à chacune je donne un surnom.
Jupiter : la grosse brillante, Saturne : la lourde lointaine, qui n’ont pas changé leur relation depuis février.
Mais Mars : la petite rouge, la très proche Mars, folâtre autour d’elles. Naguère en chef de file, puis entre les deux autres, elle se décale vers la droite. Bientôt elle sera mitoyenne de Saturne. Enfin, à nos yeux.
Ah, tiens, Mars, parlons-en !
Mars 2020, le confinement, la mort à portée de main, la souffrance des gens qui meurent seuls. Les vaines agitations, les travailleurs qui s’épuisent, les chercheurs aussi.
-Moi, dit la petite rouge, je vous assure que je n’y suis pour rien ! Pareil pour les guerres. On peut même dire que j’ai bon dos.

[…]

3 mai, Rivage 6h

Un énorme vrombissement parcourt la plage encore nocturne, apparait filant sur le sable une moto lancée à pleine vitesse. Stupéfaction : peut-on en ce moment de grâce être présent à autre chose qu’aux premières lueurs, à la couleur tendre des nuages à l’éveil des crabes qui commencent à courir vers la mer ? Avec le vacarme du moteur, l’odeur aussi se répand, mélange d’essence et d’huile.
Quand le jour arrive le vandale est déjà loin, ses traces partout : la plage est entaillée de blessures, des plaies ouvertes que l’océan viendra lécher comme un animal blessé son pelage. Sa moto a fait des boucles et des tours – 2 km de plage c’est vite avalé -laissé un peu partout l’empreinte des pneus, il a longé le rivage, fait grimper l’engin sur les dunes.
Quelques minutes ont suffi à détruire l’équilibre du jour. Dans l’air flotte un relent de souillure que le fracas des vagues ne dissipe pas encore. L’odeur amère de la barbarie mécanique déchirant le tissage du vivant. Ce n’est pas seulement le sable qui est écorché vif, c’est le pur silence de l’aube, c’est la transparence d’un air irrigué d’embruns, l’haleine tiède des vagues, c’est le geste calme du pêcheur lançant sa ligne, le mouvement des premières brises balançant les filaos, c’est le pas tranquille des amoureux de l’aube, cette impalpable et fragile sérénité du nouveau matin.
Quelques heures, quelques jours, l’avancée de la marée, un peu de vent, et les traces auront disparu, bien sûr.
Mais qui dira la détresse d’un matin de mai ? Mis à mal, comme tant d’autres matins d’autres nuits, d’autres rivages navrés, d’autres forêts arrachées ? d’autres saccages – lumières urbaines, bulldozers, tronçonneuses, engins d’une guerre contre le vivant, contre soi-même.
L’océan, à la pointe, a cassé le béton, arraché les parpaings comme il a déterré les arbres, réduit les constructions en débris dérisoires. Un jour ou l’autre, l’océan aura le dernier vacarme.

11 mai 2020, Étang Salé

Après ces moments de vie « intérieure », de temps suspendu, voici le retour au temps de tous, avec, sous nos yeux la vie de tout le monde et voici la nôtre, exposée à tous, après le repli, les confidences, les interlocutions complices, le dialogue avec soi-même, le sentiment dérisoire d’être des privilégiés de la pensée, de la parole. Ce temps de stase a donné sa place au silence, à la « vraie vie », à la lenteur, à la relation à la nature, nous a – me semble-t-il, dégagés des artifices. Masqués, dissimulés et ridicules avec nos masques, nous sommes sans doute plus authentiques, plus vrais. Les masques font tomber les masques : aller à l’essentiel. Difficile de bavarder avec un masque, de minauder, de susurrer, pas de rouge à lèvres, pas d’anneau dans le nez, ni de moustache conquérante ou en tout cas, pas visibles. Pas de paroles en aparté. Sans doute c’est triste d’être ainsi amputés d’une part de la communication, oh, le sourire, comment le faire encore plus brillant, avec les yeux bien sûr ! Et les gestes complices, tapes sur l’épaule, mains qui se touchent, bras tendus, joue offerte ? Nous trouverons le moyen de vivre et d’aimer, bien sûr, de le dire, de le faire sentir.

« La vie passe à la vitesse d’un cri d’oiseau. Et puis il y a cette lenteur hypnotique des nuages. »
CB

19 mai, Villeneuve

[à Izabel, Saint Denis La Réunion]
Ce jour mistral froid sur ciel bleu acier.
Depuis que nous sommes rentrés, je pars chaque matin marcher au Rhône, tant la marche du matin-tôt est devenue vitale. Trop froid ce matin. Mais, ce mistral, quel superbe balayage de feuilles, de nuages, de poussière. Tout est net. « Net comme un tournesol », comme dit Pessoa.
Les genêts courent partout sur les remblais, les haies, le jaune éclabousse le vert.
En bas, sur le pavé, la vie va, avec ses petites vieilles masquées qui trottinent, apeurées, sur les trottoirs. Avec ces jeunes qui exhibent leur vitalité en riant fort, en s’habillant sexy.
Et ce silence, qui fait plutôt du bien, à la place des voix alcoolisées débordant des terrasses.
Nous irons, ce soir encore, observer Vénus. La planète-la nôtre- est si petite, qu’on a beau tracer pendant 12 heures dans un avion, le même spectacle s’offre à nous : nuages roses, voiles du couchant, et Vénus juste au-dessus du soleil à peine disparu, Vénus plein phare […]
La beauté de Vénus est sereine. Elle nous apporte la plénitude. Non loin d’elle, on réussit à voir Mercure, la petite blanche, juste un point. Toutes les nuits, nous continuons à regarder les TROIS REINES alignées, Jupiter, Saturne et Mars. La « grosse brillante », la « lourde lointaine » et la petite rouge, comme je les appelle. Vers 4 heures le matin.
Elles sont visibles à la même heure qu’à la Réunion, les trois. Au-dessus des maisons…
Quand on se règle sur les planètes, il y a peu de changement, si ce n’est que désormais j’ai de moins en moins envie de me lever à 4h et que l’horaire de l’apéro est décalé. 21 h au lieu de 18h ( !)Et je sens refluer mon énergie.
Allons, c’est l’univers qui nous porte.

[…]

28 mai, Villeneuve

Plongée dans la poésie. Après Cheng et Bobin, nos figures tutélaires du confinement, voici retrouvé Yvon Le Men. « Le poids d’un nuage ». Oui, cela je l’ai vécu, cette légèreté de l’air, ces merveilleux ciels couleur dragée, ce bonheur des mots dans un temps suspendu.

Et ce matin où la lune s’étalait de l’océan attendant l’arrivée du soleil elle m’a fait danser de bonheur.

29 mai, Villeneuve

Poème pour mes amis – d’ici et de là-bas.

La Terre tourne
autour de ses couleurs
Les palmiers vivent sous mes paupières
J’attends que se lèvent les voiles
or et rose de l’aurore
que le sable sous mes pieds crisse
Au premier chant de tourterelle
je boirai le soleil
les rayons
m’irriguent de lumière
ils entrent à l’extrême de l’être
la Terre tourne
et de mes poumons frêles
j’aspire ses couleurs

Les deux premiers vers sont extraits de « Le poids d’un nuage » de Yvon Le Men, p 127, Bruno Doucey, 2017

Atelier de poche

Contributions en ligne, avril 2020

Confinement

Le haut-parleur somme les gens :
« Restez chez vous ! »

Le soleil brille, les oiseaux chantent,
Ils nous font signe !

On aimerait suivre l’élan
qui les habitent.

À demeurer entre des murs
est-ce possible ?

De sa fenêtre regarder
l’arbuste en fleurs

Ouvrir l’oreille au chant du merle
dans le vallon.

Sentir le vent et ses caresses
sur la peau rêche.

Goûter le vol en arabesques
d’une hirondelle.

Humer la terre et son parfum
au fond de soi.

Saluer de loin ses voisins proches
qui nous font signe

et reprendre le livre ouvert
depuis hier.

Savoir trouver dans le silence
la note juste

montée du cœur qui sait entendre
toute parole.

A

02/04

départ nuit
crête des vagues
Chant du coq
Aller vers la lumière

03/04

En passant, de loin, une femme guette un sourire
le mien est prêt à offrir, ça tombe bien

04/04

hibiscus au matin (je ne m’en lasse pas) : frais comme le sourire d’un bébé qui s’éveille.

-un papillon ; image envoyée par une amie que sa main expose à mon regard. Le papillon a des ocelles bleues comme le paon de jour mais des ailes de papillon de nuit. Vivant ou mort ce papillon tenu en main ? Jour/nuit. Qui sait ? qui sait aujourd’hui la part de jour la part de nuit ?

-Ecouter « Night in white satin »

05/04

Apprendre par cœur (tenter de)
Ce quatrain de François Cheng
Embruns vous ne laissez nulle part
L’empreinte de votre secret
Seules nos lèvres gardent de vous
Cette saveur de sel et de larmes
F m’envoie l’expression coréenne « sohwakhaeng », qui signifie
« une joie minuscule mais certaine, facile à atteindre au quotidien » (déguster un bon café, sentir du linge propre, écouter le chat ronfler…) »
Oui, c’est tout à fait ça !

06/04

Encore une aube. Ecrire un journal des aubes, quel privilège. Eclat turquoise sur la mer entre deux vagues.

Émotion : cette initiative d’un fleuriste las de voir pourrir les fleurs qu’il ne vend plus les a portées au cimetière et a fleuri chaque tombe.

06/04 M-F

occuper le temps pandémique
ranger
hier, trouvaille d’un carnet manuscrit de chansons d’autrefois
réentends les parents les fredonner
essaie à travers les refrains familiers
quelques notes inédites, maladroites
l’esprit et l’espace occupé
matin coloré différent

06/04

Le chat du voisin
approche
comme en invité
Je veille à na pas l’effaroucher
Merci

Les toutes petites feuilles du grenadier
brillent au soleil d’avril
guirlandes dorées
Merci

La voix chaleureuse d’un ami
une petite bouffée de présence
Merci
MC

Dans le jardin en friche
Pâquerettes
Un papillon blanc volète
Instant présent

07/04/ EH

Ce matin, je me suis parfumée comme pour un bal
Nul signe d’anosmie
Ce matin, je me suis fait un café corsé
Nul signe d’agueusie
La journée sera donc belle !

E

Instant de grâce : la lune plénitude, la mer aspire largement le reflet doré, la lune respire la mer à pleins poumons de lumière. Il est 6h. A l’est, des lueurs s’invitent, les nuages prennent une couleur corail.

au cœur de la fleur
la vie future
éphémère
et chatoyante
fragile
et infinie

Des mots nus qui font du bien
Oui c’est cela on est dans ce temps là
Une descente en soi
goûtée

A

L’horloge cassée
égrène un temps suspendu
L’air gelé retient les mots
sans pouvoir
ralentir le tempo d’un printemps
qui explose et jaillit
au mépris des interdits
Les nids gazouillent
et la cohorte patiente
des fourmis
strie l’herbe du jardin
du labeur minuscule
et têtu de la vie.

EB

La Séparation

La Séparation c’est notre guerre mondiale à nous, il y a des prémices et des champs de bataille.
J’étais petite, ne restent que quelques images : les peluches qui attendent dans le brouillard, des cartons empilés, on court pour trouver ses chaussettes. Dans l’ère post Séparation, la paix est
revenue, mon père et ma mère prennent le café, ils ne sont pas des parents-divorcés-qui-se-déchirent, avec ma sœur on le dit pour que nos copines avec parents-toujours-ensembles nous regardent avec moins de pitié, j’ajoute même ils n’ont pas divorcé ils n’ont jamais été mariés pour clouer leurs becs de petits réactionnaires.
LR

14 Février

Pour la Saint Valentin, il lui offrirait des orchidées aux tendres pétales cultivées en Afrique. Mais la
taxe carbone ?
Des roses alors ? Les roses en février ? Fleuries grâce aux pesticides, puis entassées dans des
camions …
Il aperçut dans la vitrine du pâtissier un gâteau en forme de cœur, génoise à la framboise. Mais
bourré de gluten. Impossible.
Il l’inviterait au restaurant végétarien, tiendrait la portière quand elle monterait dans la voiture.
Ah, tout geste de galanterie n’était-il pas désormais une offense ?
Eh bien, tant pis, le 14 février il irait au cinéma. Seul.
GG

L’Académie des rêves

Pour être admis à l’Académie des rêves, on doit présenter un ou plusieurs rêves. Ils seront évalués par la Présidente : esthétique, invention, degré d’incongruité.

La présidente de l’Académie ressemble à Hélène, la monitrice d’aquagym.

J’ai peur que mon rêve soit refusé. Au moment où mon tour arrive de raconter mon rêve à Hélène, je m’aperçois que je l’ai oublié.

Symphonie

Symphonie

Le concert a commencé en fin d’après-midi. D’abord les percussions, cymbales, caisse claire, grosse caisse, ensuite xylophones et clavecins se sont affirmés avec énergie, enfin, en sourdine, les
instruments à vent les ont rejoints. Alors le rideau de scène s’est ouvert, révélant les danseuses avec leurs voiles écarlates, leurs robes effilochées, moirées ou cotonneuses et qui allèrent en s’affadissant quand, dans une déchirure, apparut Séléné, la vedette, pleine de sa propre lumière.

Après ce paroxysme, la musique doucement s’apaisa jusqu’à laisser entendre le bruit des gouttes s’écoulant des feuilles de frangipanier.

Ah, dit-elle, comme j’aime l’orage sous les Tropiques.

Planter le décor

Atelier d’écriture

Dans le cadre du Festival Polar, thème « la gourmandise »
Association « Vivre la plaine de l’Abbaye »

Animation : Guillemette de Grissac
Participants : Tania, Lise, Andrée-Marie, Khadija, Virgile, Valérie, John

Déroulement de l’Atelier :
– Choix d’une photo parmi celles exposées à l’Hôtel l’Atelier (photos J.Leunens)
– En relation avec la gourmandise un de ces outils de cuisine (indice ? arme du crime ?), tiré au sort, doit être intégré dans le texte : tire- bouchon, couteau de cuisine, couteau de table, fourchette, petite cuillère, vide-pomme.

Casse-noisette

Par un bel après-midi de juillet, lors d’une balade dans la plaine de l’abbaye, je pars en direction de la pinède. Un site magnifique avec ses arbres centenaires aux troncs majestueux et mystérieux qui jouent avec la lumière ; ils me font penser à un ballet de lutins dansant sur la musique de Casse-Noisette. Et là, je pense : si je faisais un gâteau pour ce soir ? Mais oui ! Je me dirige vers mon cabanon « le Paradis » pour voir si les noix que j’ai laissées dans le panier sont toujours bonnes. Je rentre dans le cabanon, je veux goûter mes noix, j’ouvre le tiroir du bahut. Plus de casse noix !

C’est à ce moment-là que, désolée, que je sors du cabanon et je vois une ombre partir vers le long chemin qui va au Rhône. Je crie : au voleur !
L’ombre me lance mon casse-noix à la tête !
Victoire ! Je vais pouvoir faire mon gâteau de noix.

A R

Tournesol

J’éprouve de l’amour pour les tournesols. Et une tristesse quand ils se fanent. Soleils, on les appelle soleils. Chaque année je guette leur floraison brève. Quand je promène Smarra dans la Plaine, je passe toujours par le champ de tournesols. Les tourterelles qui raffolent de leurs graines, grappillent autour des têtes brunes et or.

Mais aujourd’hui les tournesols s’inclinent vers la terre, comme s’ils regrettaient le départ de l’été. Les tourterelles s’activent toujours, leur roucoulement tranquille fait écho au souffle du vent. Au-dessus du champ tourne un couple de corneilles. Finies les couleurs, toutes les têtes alignées sont sèches et brunes. Et pourtant, ça et là, quelques fleurs vives émergent encore des tiges raidies, petits soleils sortant d’un univers sombre. Le mistral refroidit les plantes et les pierres.

Smarra s’agite, puis s’élance à travers champ. A-t-elle repéré quelque chose ? En la suivant des yeux, j’aperçois une forme de couleur brune qui se distingue à peine de la terre. Je rappelle la chienne, l’attache et j’avance avec elle. Ce qu’elle a vu, c’est un morceau d’étoffe et cela fait partie d’un anorak épais -trop épais pour la température d’aujourd’hui – posé sur le dos de quelqu’un. Une forme allongée. Oui, il y a quelqu’un dont je vois seulement le dos vêtu de brun, une tête blonde tournée vers le sol, presque enfouie dans la terre. Un homme allongé, sans doute jeune. Il a dans la main une fleur de tournesol et un couteau planté au milieu du dos.

Guillemette de Grissac

Les amoureux du Jardin italien

Il est revenu encore. A présent les tournesols ne sont plus les miroirs dressés, triomphants qu’il avait découvert, décontenancé. Le ciel n’a plus ce bleu puissant contrastant avec cette armée de visages jaunes au regard insoutenable émergeant de collerettes vertes. Ils ont perdu toute leur arrogance. Têtes baissées sous un ciel lourd et menaçant. Loqueteux. Ils reflètent maintenant sa propre impuissance, son propre découragement. Il lui semble que les joggeurs de la Plaine de l’Abbaye qu’il croise l’observent avec méfiance. Il est revenu trop de fois, on peut l’avoir remarqué, reconnu peut-être. Et ce champ qui n’est toujours pas fauché ! Le rocher d’Andaon l’écrase. Il se rappelle ses premières promenades avec Louise dans le jardin italien de l’Abbaye. Louise et Gilles. On les appelait les amoureux du jardin. Il se souvient de cette terrasse, unique dans la région. On y voit à la fois le Palais des Papes perché sur le rocher des Doms, le Mont Ventoux et les dentelles de Montmirail. Aujourd’hui il est celui qu’on observe peut-être de ce point de vue. A cette pensée, une bouffée d’angoisse le saisit. Il se décide enfin à partir sur le chemin qui longe le contre-canal. Il tâche de marcher le plus tranquillement possible. Mais pourquoi être revenu ? Il est des pays qu’on a abandonnés, qu’il vaudrait mieux ne plus jamais revoir. Eux et leurs habitants. Transgresser peut engendrer le chaos. Il passe près du lieu de pique-nique sans se retourner, un pincement au cœur. Il se souvient de cette course folle à travers le champ où germent des rangées de feuilles qui l’hypnotisent. Qui le croirait ? Pas question de traverser aujourd’hui ce champ cultivé. Jamais il ne retrouvera cette satanée fourchette d’argent, si singulière et si compromettante. Une fois dans sa voiture, il ne l’avait pas retrouvée dans sa poche. Pourquoi bon sang n’être pas revenu la chercher tout de suite ? La trouille, la panique sans doute. Que quelqu’un la retrouve maintenant et ç’en est fini de lui.

Ce que Gilles ne sait pas encore c’est que Louise n’est pas morte et qu’elle l’observe du haut de la terrasse

JL

Marie Argelès

C’est dimanche, un soleil d’Août. Des rouges gorges et des pinsons chantent sur les branches du vieux chêne. Plaine de l’abbaye. Je marche à pas lents. Soudain, je vois quelque chose de bizarre au sol. Je m’approche de plus près, je vois des morceaux d’une matière couleur ocre. Je touche, c’est un morceau de pomme. Et même un cœur de pomme. Et pourtant aucun pommier alentour. Mon regard s’aiguise. J’aperçois sur un buisson une touffe de cheveux roux, coupés. Je continue d’avancer, je découvre un sac à main. Hermès, inattendu. Sur le bord du sentier en terre, une paire d’escarpins noirs à talons, enfoncés dans le sol, pointure 39. Un peu plus loin, un portefeuille rouge corail. Je le saisis et, à l’intérieur, je trouve une pièce identité : c’est une dame nommée Marie Argelès.

A mes pieds un objet scintille c’est un vide-pomme.

K H

Epouvantables jardins

Je déambule sous un vent mouillé qui gerce mes joues. Les souvenirs d’antan remontent à flot.
Il était si gentil, Anselme, le jardinier qui nous offrait des glycyrrhiza glabra autrement dit bâtons de réglisse.
Cette saveur retrouvée excite subitement les papilles avides de mon enfance et ouvre les portes de mon pénitencier intérieur mais plus encore…

Ces jardins partagés me rappellent notre cocon familial des années 60. Mes pas, mon regard, mes pensées ne sont guidées que par la recherche de… rien. Et sans le savoir ils me conduisent calmement et fermement vers les méandres d’une énigme familiale.
Je pars sous la pluie, noire, malgré un timide soleil qui tente de percer les nuages gonflés de trop de malheurs.

Je cueille un « coquelicot-madame », j’arrache une herbe folle, un pied d’atropa belladonna (autrement dit douce-amère), je gratte la terre aride afin d’aérer le pied de l’olivier-témoin et – ô surprise – j’extirpe des profondeurs de la terre le fameux couteau qui manquait à la ménagère en argent de ma grand-mère. Depuis un demi-siècle. Il est recouvert d’une couche épaisse : de la terre et du sang sec, couleur de la mort, qui résiste.

Un malaise, une sensation de vertige s’empare de tout mon être, je me mets à trembler jusqu’au bout des ongles. Je suis à nouveau la petite fille meurtrie par les non-dits et les mensonges des adultes. On cache toujours l’inavouable aux petits qui, pourtant, entendent tout.

Egorgé sauvagement, tel un cochon de ferme.
Il avait payé très cher, notre jardinier Anselme, pour les avances qu’il avait faites à ma grand-mère, Reine-Mathilde.
Il l’avait toujours regardée avidement, cette fleur parmi les fleurs, belle comme un aster amellus.
Qui avait tué Anselme ?
Une chape de plomb pèse toujours sur ma famille.

L N

Près des eaux dormantes

Un décor d’eau, d’herbes, d’arbres. Derrière le talus, le Rhône coule, impérial, tandis que l’eau du contre-canal semble immobile. Au printemps, des flottilles de canetons suivent leurs parents, au crépuscule, parfois un ragondin se risque, et dès les premiers rayons du soleil, des tortues cistudes restent immobiles sur des branches mortes avant de plonger brusquement.
Mais il y a l’odeur. Douceâtre, prégnante, flottant autour du fouillis de buissons, près du petit banc de pierre.
Il semble être le seul à l’avoir remarquée. Les joggeurs passent, l’œil fixé sur leurs performances, les propriétaires de chiens, les petites familles avec les enfants dûment casqués sur leurs tricycles, les gens d’âge mûr qui marchent en bavardant. Personne ne marque d’arrêt, ne regarde autour de soi, l’air gêné et interrogateur.

Les buissons et arbustes paraissent inextricables, aussi compacts qu’autour du château de la Belle au bois dormant. L’origine de l’odeur est-elle juste derrière les premières branches ou plus loin ?
Un renard ou un lapin mort ? J’essaierai de le recouvrir de terre, se dit-il, pour que ça sente moins.

Il contourne le petit banc, commence à écarter les branches avec précaution pour ne pas s’égratigner. Son pied rencontre un objet dur, sous un peu de terre. Il gratte « Qu’est-ce que c’est que ça ? Un tire-bouchon très élaboré avec deux branches qu’on tire vers le haut pour mieux extraire le bouchon. L’odeur gagne en intensité. Des deux bras, il écarte un arbuste. Ce n’est pas un renard, ni un lapin. C’est ce qui semble être un homme, la tête tournée sur le côté, les mains déjà attaquées par les bêtes, les jambes du pantalon semblent presque vides et, contre son flanc, une bouteille de vin rouge, avec son bouchon, à peine entamée.

T K

The cake’s killer

Se lever à 6 h du matin pour faire un footing, voilà l’idée qui avait germée dans l’esprit de James Decker, il y a 5 ans de cela, avec pour objectif de se tenir en forme et d’être bien conservé sans pour autant manger de yaourts. C’était donc à cette heure matinale qu’il courait, au bord du canal de Villeneuve-lès-Avignon, un samedi matin, plus précisément pendant la fin de semaine du Festival Polar qui avait cette année comme thème la gourmandise. Il trottinait avec dans la tête « Be bop », un air de jazz qu’il avait maintes fois répété, quand soudain il vit quelque chose. Etait-ce jaune, blanc, rose, il le voyait mal à cause de la faible luminosité des matins des mois d’hiver. Il se rapprocha tout en se demandant ce que pourrait être cette forme qui semblait venir tout droit de l’infini, puis il crut reconnaître une main. C’était bien une main parmi les buissons. Il écarta les broussailles et découvrit un spectacle aussi surprenant que … horrible. Un homme était allongé par terre, une cuillère en travers de la gorge. Il semblait aussi il y avoir quelque chose d’autre à côté. A bien y regarder, c’était… Oui c’était un gâteau. Qui plus est, un gâteau aux cerises. Couleur rouge sang.

V D

A table

Douce, moelleuse, humide, grave, cette odeur du tapis de feuilles. Entre deux flaques boueuses, Hestia gambade, heureuse de cette promenade inopinée que je lui offre ce matin de semaine.
Drôle de semaine : un déplacement en Suisse annulé, deux jours de liberté, gagnés comme une cerise sur le gâteau ou …comme cette petite fourchette qui semble d’argent, et que Hestia me rapporte, la gueule refermée sur l’objet, queue frétillante, toute émoustillée par ce piquant des premiers froids d’automne. Et aussi par ce bain qu’elle vient de s’offrir dans le contre-canal.
Y flotte un tapis de feuilles rousses jaunes brunes et safran, couleur chez les feuilles de la vie qui s’en va, couleur qui donne à voir l’insoupçonné de toute vie : ce rouge après le vert, ce brun après le jaune, ce gris après la couleur. Quant à cette fourchette, oui, elle est bien argentée. De marque même : Christofle.
Qu’en faire ? La garder, c’est tentant. N’est-ce pas un peu la voler ? La rapporter à la police municipale ? En ce week-end de festival, leur bureau sera fermé. Peut-être voir si j’en trouve un en ville ? Pas trop envie, autant profiter du calme, de la brume, des faisans que j’ai entendus tout à l’heure, des odeurs et de cette eau apaisante que je longe à grands pas.
Qu’est-ce qui brille là, juste au bord, derrière ce massif d’aubépines aux couleurs passées ? Une autre fourchette, de grande taille cette fois, pas pour le dessert, mais pour les choses sérieuses. Quoique le dessert, c’est très sérieux en fait, je trouve, moi.
Bizarre tout de même. Qu’est-ce que c’est que ça ? Un pique-nique chic dont les protagonistes se seraient enfuis au plus vite pour échapper à la pluie ? Un cambriolage dont des objets auraient été abandonnés ? Pas logique. Tiens, ça brille encore, là-bas, en contrebas du canal, sous l’arbre couché sur l’eau. Encore l’œuvre des castors. Ah bien ça alors, cette fois, c’est le couteau, le manche, même style, mais…la lame ne brille pas. Elle est bien enfoncée dans ce qui …oh non, pas ça !

V G

Oiseau de mots

L’oiseau « figure de l’incertain »

Où se cache-t-il en août ?
Survolant nos stupides frontières ?

Déjà parti ?

Alors moi j’ai des libellules

Leste fiancé
Naïade au corps vert
Spectre paisible
Agrion blanchâtre
Cordulie à corps fin
Petite nymphe à corps de feu
Anax empereur

Même cachés les oiseaux
me laissent assez de noms pour faire poème

Guêpier d’Afrique
pipit rousseline
fauvette à lunettes
rossignol philomèle hypolaïs
hirondelle rustique
sisticole héron pourpré
martinpêcheur
cochevis huppé

En toute saison j’ai affaire aux mots
ils ne se fanent ou ne flétrissent

ils ne s’échappent ou ne s’enfuient

que si je ne les caresse pas …

et voici l’anax empereur tout juste sorti de mon téléphone après séjour à la fenêtre d’où l’on observe les flamants

j’ai appris que les « demoiselles » ferment leurs ailes
est-ce par pudeur ?
Et que les libellules étendent leurs quatre ailes ostensibles
est-ce bien cela ?

Herbier de mots

Une sortie botanique avec une spécialiste, Mireille Tronc
Des amateurs de plantes, de jardins, d’herbes sauvages
Un site : la Plaine de l’Abbaye ; un lieu, la maison de Sigrun Reinekin.
Une association « Vivre la plaine de l’Abbaye »
Des textes qui constituent une manière d’herbier poétique
Incitation, recueil des textes : Guillemette de Grissac

Herbier Sigrun juin 18

Coquelicots

Coquelicots qui vagabondent
A la ronde des chemins
Pétales rouges voltigent joyeux

                 Léger parmi les graminées.                      

Medicago orbicularis

Luzerne, luserna
Tes graines petites lumières,
Tes Spires m’ont enchantées
Seras-tu mon bijou ?

  Bryone

Vrilles, spires, spirales,
Dans quel sens on tourne ?
Droite-gauche gauche-droite,
Cette valse me tourne la tête.

 Silène

Silène petite fée blanche
compagnonne des chemins
Tu as le ventre rond
bondé de graines grosses.

Vicia bithynica

Fleur papillon rouge et bleu,
Tu portes un étendard, des ailes
une carène comme un bateau,
Vas-tu grimper très haut?

Herbier Mado juin 18

Fleur de lumière

 Flamboyante  fragile  éphémère

                                           Joli coquelicot

                                        Un souffle  passe et  tu  trembles

Guillemette, Plaine de l’abbaye, mai 18

Suffit d’un coquelicot pour allumer la flamme
du désir d’être heureux Même un bonheur fragile
comme des pétales  froissés
Toute la vie est ponctuée de rouge

Genet à balai genet d’Espagne
docile et parfumé
Ajonc
une armée rebelle court dans les vallons

Tout l’univers dans une goutte d’eau
et d’abord le soleil
trois diamants
sur un seul pétale de rose

Prêt à l’envol
ses ailes translucides s’agitent
le rouge éclate
Privé de ciel
sur sa tige le coquelicot palpite.

Guillemette Herbier de mots, 23 mai 18

A la loupe ne rien manquer
de l’invisible des herbes
Voir le duvet des feuilles l’éperon de la centranthe
Ne pas louper surtout son cœur vivant

Enfermé Compagnon blanc?
Mais non il ignore les clôtures
Que ta liberté soit la nôtre, ami compagnon !

Laurier
Victoire ou poison
Gloire des guerriers ou bouquet pour la soupe ?

Valérie, Herbier mai 18                 

Fleurs et herbes dans le soleil
pas sur le chemin
la pluie pour demain

minuscules découvertes

immensément petits
les détails que je bataille
à rappeler à mon souvenir

l’herbier sera trace
images et mots mêlés
quand je serai face
images et mots mêlés
à la mémoire ternie.

Étoiles Nature, Martine, juin 18

Fleurs, étoiles terrestres
délicates,
savoureuses
Je vous aime

Tragopogon pratensis, salsifis des prés

Lise, Herbier, mai 18

Navet du Diable
Vit et brionne
Navet du Diable
Vibrionne  

Fleur sucrée
Sucre d’orge
Enfance 

Nature
oeuvre
Ecoutez le silence

Tout doucement
Le printemps
Avance
Un pas après l’autre

Champs de blé
Abreuvé de pluies rapides
Havre de paix
sigrunesque

Toutes ces fleurs écloses
dans le vent printanier
Eclats de rire. 

Traces de plumes

Atelier d’écriture du 2 au 8 juin 2018 à Kergallic

Présents avec nous les oiseaux dans le hameau : grive musicienne ; merles adultes et jeunes ; petit duc ; chardonneret ; hirondelles fenêtre/rustique ; pouillot véloce ; pinson des arbres ; pigeon ramier ; tourterelles turques ; faisans, pies, faucon crécerelle….

Présents à la côte : Tadorne de belon ; cormorans, nourrissage 3 jeunes ; craves à bec rouge et jeunes craves ; choucas ; corneilles ; goélands argentés/bruns/marins ; fulmars ; pigeon biset ; pipit maritime ; tarier des prés ; traquet motteux ; linottes mélodieuses…

Regard sur les plantes : Armeria ; plantain caréné ; silène ; orpin blanc/jaune ; rumex ; cuscute, ajonc, genêt, bruyère cendrée…

Formes poétiques : on privilégie la forme brève, les quatrains en référence à, François Cheng, à des textes d’Andrée Chedid ; on peut choisi la forme « haïku » ou la forme « tanka » du moment que le rythme, la mélodie, la profondeur sont là. Lire la suite >

La mauvaise herbe

La poésie est une mauvaise herbe

Comme le renard la buse et le mulot

Elle fait partie des nuisibles

On devrait l’arracher la glyphosater la balancer à Monsanto

Très tenace, la mauvaise herbe

Elle s’élance à travers roche tuile ou ciment

elle vous habille gratos un bout de trottoir

elle vous fait la pelouse moins snob, le green un peu humain

les temples en ruines plus frais

elle est sobre la mauvaise herbe

Contente avec trois miettes

sable, terre poussière presque rien

Prenez-en de la graine

La poésie c’est pareil

On voudrait l’arracher mais on peut pas

sur champ de gravats dans les cratères d’obus

dans le deuil des murs effondrés

au plus près de la mort

derrière les grilles

Elle pousse elle grandit elle déchire elle existe

La Poésie

 

« Je suis la mauvaise herbe, braves gens, braves gens, 

Je pousse en liberté dans les jardins mal fréquentés »  Georges Brassens

Carnet de Réunion 3 – Nature sauvage

Pendant longtemps, j’ai aimé seulement la nature « sauvage » et déprécié les chemins balisés. Pour qu’une balade me semble intéressante il fallait qu’il y eût risque de se perdre, une balade inoubliable étant évidemment celle où l’on s’était perdu. Grands espaces, sinon rien. Les jardins me semblaient trop bien peignés, arrangés, domestiques. Les parterres de fleurs m’agacent, fleurs en cage, maniérées, ridicules, herbe en sursis. C’est seulement maintenant que j’admire les jardins, que je m’y sens bien. Ici dans le jardin créole je vois tout ce qu’il recèle de créativité, d’amour, d’interaction délicate entre l’humain et la plante. Peu à peu ma vision hyper-romantique de la nature avec ses modèles mythiques a perdu de sa radicalité. Et le paysage aussi a changé. Aujourd’hui, ce qui reste de la nature sauvage, c’est à protéger, à préserver, à mettre en parc, en réserve, en conservatoire. Sinon, c’est culture intensive, friche impénétrable, terrain vague ou béton. Va pour les parcs, les sentiers, les balises, va pour « moi-maintenant ». Remise en question de ma vision romantique. Au moins je jouis de la beauté sans condition. Je vois l’arbre, sa vitalité et non la clôture, la vie intime de la fleur et non la limite du « massif », le foisonnement végétal plutôt que le fantôme d’une forêt primaire perdue. Mais pas les oiseaux, un oiseau c’est sauvage. Pas de volière qui vole leur liberté. Toujours détester les cages.

Carnet de Réunion 2 – La voix du Filao

Ils vont, ils viennent, ils trottent, ils passent et repassent. Où courent-ils ? Quelle force anime leurs corps presque nus, leurs pieds chaussés de couleurs vives ? Quelles pulsions les habitent ? Où est l’arrivée ?

A force de les regarder, il a envie d’en faire autant. Aller voir là-bas, suivre la courbe rivage, nager vers l’horizon, voler peut-être.

Mais comment ?

Arracher peu à peu ses pieds à la terre. Bomber le torse, redresser la tête. S’enfuir.

Cesser d’être arbre, devenir l’un de ces trotteurs, petits et mobiles, faire voler le sable entre ses orteils, entrer dans l’eau, ne plus subir les assauts de la mer, aller la chercher, bousculer le corail, pénétrer les vagues, découvrir le but de la course. Où est l’arrivée ?

Sournois, l’océan lui vient en aide, dégage ses pieds, met à nu ses racines, le soleil les sèche, les cuit, les rend friables. Sa tête continue de s’élever vers la lumière, ses bras tendus, offerts au soleil, se ravinent, se tordent, deviennent gris, noirs puis blancs comme des os. Cheveux verts secoués par le vent, chevelure entêtée, encore un effort pour marcher. Sortir de sa condition végétale, souffrir, s’offrir au sable, partir.

C’est la nuit que tout arrive, c’est la nuit qu’il s’échappe, avance sur le rivage, maladroit comme un albatros à terre, puissant comme le roi des Aulnes et d’autres le suivent. Juste quelques pas et le bonheur d’être autre, de plus en plus loin, en dépit des fruits qui tombent, de ses veines asséchées, de ses racines aux nœuds douloureux.

Dans sa course hésitante d’avant l’aube, il entraîne un tapis d’aiguilles rousses enchevêtrées, des tourbillons de coraux morts, d’oiseaux surpris dans leur sommeil.

Plus loin encore la nuit suivante, jusqu’à percer le mystère des étonnants trotteurs, des marcheurs mouillés, des rêveurs au pas lent, ou simplement jouir d’une métamorphose.

Etre Daphné à l’envers, la petite sirène sur le pont du paquebot.

Où est l’arrivée ?

A peine voit-il émerger de la route les hommes vêtus d’épais vêtements, les mains couvertes de gants gris, armés de tronçonneuses et que n’éclaire aucun sourire.

Carnet de Réunion 1 – Tamarins des Hauts

En forme de danseuses d’amoureux de monstres de géants et de trolls
Hôtes des orchidées des mousses des lianes qui les squattent les ornent les déguisent
Change-écorce dépenaillés
Bois corail (délicates fleurs roses moins féroces que le corail pour qui s’y frotte)
Bois savon Bois de fer
Fanjan Fougère géante mâle ou femelle Fougères capillaires (plus modestes)
Fleur jaune visitée par les zosterops dits aussi zoizo vert
tourterelle malgache Tek-tek merle péi zoizo-la-vierge
Roucoulement grave ou ténu les sons se fondent à l’air humide au sol spongieux aux mousses fleuries au camaïeu de verts aux vapeurs de nuages perlés de pluie
Brume qui nous estompe nous fusionne aux géants tamarins
Forêt de Ravine blanche univers en miniature