Traces de plumes

Atelier d’écriture du 2 au 8 juin 2018 à Kergallic

Présents avec nous les oiseaux dans le hameau : grive musicienne ; merles adultes et jeunes ; petit duc ; chardonneret ; hirondelles fenêtre/rustique ; pouillot véloce ; pinson des arbres ; pigeon ramier ; tourterelles turques ; faisans, pies, faucon crécerelle….

Présents à la côte : Tadorne de belon ; cormorans, nourrissage 3 jeunes ; craves à bec rouge et jeunes craves ; choucas ; corneilles ; goélands argentés/bruns/marins ; fulmars ; pigeon biset ; pipit maritime ; tarier des prés ; traquet motteux ; linottes mélodieuses…

Regard sur les plantes : Armeria ; plantain caréné ; silène ; orpin blanc/jaune ; rumex ; cuscute, ajonc, genêt, bruyère cendrée…

Formes poétiques : on privilégie la forme brève, les quatrains en référence à, François Cheng, à des textes d’Andrée Chedid ; on peut choisi la forme « haïku » ou la forme « tanka » du moment que le rythme, la mélodie, la profondeur sont là.

« Suivre les poissons, suivre les oiseaux

Envies-tu leur sort ? Suis -les jusqu’au bout

Jusqu’à te muer en bleu originel

Terreau du désir même de nage, de vol. »

F.Cheng

Avec Bernadette, on se met en scène, on s’accorde, on s’harmonise. C’est avec elle aussi qu’il y a chaque matin un temps de méditation. Pour les plus tôt-levés, ce sera la découverte du chorus des oiseaux qui viennent saluer l’aube. Autre découverte : les deux notes du « petit-duc » qui, lui, salue l’approche de la nuit. Nous vivons au rythme de la nature, accueillant le soleil comme la pluie, attentifs aux lumières, aux souffles, aux nuages, ce qui est une manière de vivre corporellement la poésie. A la cuisine aussi, nous saluons la créativité et le sourire des cuisiniers, l’abondance. On lit aussi « La sagesse des oiseaux » de Eric Sablé. On écrit ensuite des « Eloges » et les textes disent la mer, les rochers, les herbes les plus humbles comme les oiseaux les plus aventureux et ceux qui sont imaginaires…

Chacun compose son recueil, l’organise, lui donne un titre, lui ajoute des images. Les photos sont nombreuses mais jamais elles n’ont remplacé le regard. Priorité aux sens. En direct. Les photos disent l’admiration pour le paysage, la présence au monde et l’amitié qui circule entre les êtres.

Tout est signe

Tout fait signe.

Souffle qui passe,

Fruit qui s’offre,

Main qui touche,

Face qui crie :

« retourne-toi,

Reprends-toi,

Reçois tout

et fais signe ! »

Petits papiers

Le samedi matin, après rangement, il restait encore quelque chose, discrètement posé sur le rebord de la fenêtre, sans ordre, c’étaient les petits papiers pliés, écrits au crayon ou au stylo, d’une écriture un peu hésitante ou plutôt ferme, parfois juste une phrase, rectangles ou carrés, pleins d’émotion, il me fallait bien les sauver…

Petit bateau de brume
Dans l’azur
Mirage ami lointain je te suis du regard

Lenteur pas mesurés
D’un échange soudain

Saut d’un jeune merle
L’herbe s’étonne, frémit
Le ver, vif, s’enterre

Deux notes entêtantes
Scandent le silence de la nuit
De mon lit d’insomnie –
Petit duc vocalise

Marcher pieds nus dans la rosée

La pluie est venue
Nature retient son souffle
Petit duc s’est tu

Sur mon bras
Une fourmi minuscule
Je souffle dessus

Un petit lézard

Sous le téléphone

Un monde si lent
Risquer la vraie voie
Vacance du pinson
Pierre devenue si légère

La fonte des pleurs
de Jeanne à la fontaine

Emplir son cœur
Déjà si plein
des larmes de Jeanne
et s’y laver

Le silence de la pluie

grive ou merle
s’interroge le spécialiste
merle ou grive
l’escargot s’en fout

quand se brise sa coquille

Regarde à tes pieds
Ce soir c’est Ver luisant l’invité
et puis lève la tête colle ton œil au télescope
Jupiter t’invite à un bal cosmique

Ecume des mers
Frange oublieuse des vents
Bave au pied des rocs

Un chant venu de très loin
De très haut qui file autour de la terre
Et vient se couler dans leurs branches

Poser son corps
déposer son poids et sa légèreté
Assis allongé appuyé
Etre là
Simplement être

Un moucheron importun
sur ma page blanche s’accroche
bienvenue à toi multipattes
je t’accepte

KERGALLIC Juin 2018
On pourrait dire aussi : VOIR L’INVISIBLE ? poème collectif à poursuivre

Pour marque-pages : permalien.

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