Oiseau de mots

L’oiseau « figure de l’incertain »

Où se cache-t-il en août ?
Survolant nos stupides frontières ?

Déjà parti ?

Alors moi j’ai des libellules

Leste fiancé
Naïade au corps vert
Spectre paisible
Agrion blanchâtre
Cordulie à corps fin
Petite nymphe à corps de feu
Anax empereur

Même cachés les oiseaux
me laissent assez de noms pour faire poème

Guêpier d’Afrique
pipit rousseline
fauvette à lunettes
rossignol philomèle hypolaïs
hirondelle rustique
sisticole héron pourpré
martinpêcheur
cochevis huppé

En toute saison j’ai affaire aux mots
ils ne se fanent ou ne flétrissent

ils ne s’échappent ou ne s’enfuient

que si je ne les caresse pas …

et voici l’anax empereur tout juste sorti de mon téléphone après séjour à la fenêtre d’où l’on observe les flamants

j’ai appris que les « demoiselles » ferment leurs ailes
est-ce par pudeur ?
Et que les libellules étendent leurs quatre ailes ostensibles
est-ce bien cela ?

Souvent les arbres

SOUVENT LES ARBRES
me tirent par le cœur
SOUVENT LES ARBRES
m’attrapent par l’enfance
SOUVENT LES ARBRES
me tiennent par l’écorce
Ils me tendent les bras
ou me font des grimaces
PARFOIS LES ARBRES
veulent s’éloigner de moi
PARFOIS LES ARBRES
me désertent
Je sens tomber mes feuilles
se hérisser ma peau
et se glacer ma sève.

La mauvaise herbe

La poésie est une mauvaise herbe

Comme le renard la buse et le mulot

Elle fait partie des nuisibles

On devrait l’arracher la glyphosater la balancer à Monsanto

Très tenace, la mauvaise herbe

Elle s’élance à travers roche tuile ou ciment

elle vous habille gratos un bout de trottoir

elle vous fait la pelouse moins snob, le green un peu humain

les temples en ruines plus frais

elle est sobre la mauvaise herbe

Contente avec trois miettes

sable, terre poussière presque rien

Prenez-en de la graine

La poésie c’est pareil

On voudrait l’arracher mais on peut pas

sur champ de gravats dans les cratères d’obus

dans le deuil des murs effondrés

au plus près de la mort

derrière les grilles

Elle pousse elle grandit elle déchire elle existe

La Poésie

 

« Je suis la mauvaise herbe, braves gens, braves gens, 

Je pousse en liberté dans les jardins mal fréquentés »  Georges Brassens

Paysages avec enfants

Pas possible de rester silencieuse devant tant d’images déchirantes qui défilent sur les écrans. Images « à sensation » ou images emblématiques. Les paysages construits par les mots s’élaborent plus lentement et plus profondément. Bien sûr, ce ne sont pas des « paysages » au sens pictural ou littéraire du terme, ou alors des paysages-coups de poing, ces photos de presse qui, pour peu qu’on les regarde avec attention permettent de se projeter : être tour à tour l’œil derrière la caméra – en un dixième de seconde repérer le détail qui en dira plus long qu’un panoramique- risquer d’être voyeur, risquer d’être victime, être aussi l’enfant ou l’adulte photographié, se mettre à sa place, imaginer, l’angoisse, le dénuement, l’espoir. On dit parfois que les tortionnaires sont des gens qui manquent d’imagination. A mon avis, bien d’autres choses leur manquent, mais, c’est vrai, l’imagination permet l’empathie. Avec les lignes qui suivent, j’ai choisi de ne pas reproduire l’image qui m’a permis d’imaginer, et donné envie de réagir. L’imagination prendra ainsi toute la place. Des phrases en italique sont des paroles prononcées par des personnes au micro ou des paroles de journalistes. Lire la suite >

Inventerres

INVENTERRES se présente comme un carnet de bord écrit par une narratrice jamais lassée d’observer et déchiffrer ce qui l’entoure. C’est une découverte progressive de l’Ile de la Réunion, dont le fil conducteur est le langage. Les mots orientent la découverte : ils désignent des lieux, terres, rivières, montagnes, ravines qui existent d’abord sur le papier, sur une carte de l’île : elle ira à leur rencontre. Elle se passionne pour les noms des végétaux, des animaux, et pour tous ceux qui révèlent la présence humaine : noms de rues, souvenirs des disparus, traces du passé historique. Elle relève aussi des traces plus humbles : messages griffonnés dans l’espace public, ou sur les calumets, petits mots d’amour maladroits. Elle va à la rencontre des arbres, banians et vacoas, des fleurs sauvages et et de celles qui ornent les jardins : pour les nommer autant que pour les voir et les respirer.

Elle regarde les oiseaux, ses amis de toujours et jusqu’aux empreintes que laissent leurs pattes légères sur le sable sombre. Lire la suite >

Si je vous dis

Si je vous dis lagon vous JE

voyez fleur de tiaré vahiné bleu turquoise cocktail un verre givré

sur plateau

porté par A-nonymes en U-niforme

bien repassés par A-nonymes entassés dans la soute

du Cinq étoiles

parasol à franges

parade les aras font la roue

palmes en rythme un régiment de cocotiers dressés

au sol sable importé

blanc fin raffiné

à votre nez gardez le parfum des jasmins

les fragrances des frangipaniers

ondulent le cul des filles brille noire la peau des garçons

criez bravo

vide mental corps massé par A-nonyme aux doigts de fée

rien à faire rien à penser sans chéquier sans papier juste des perles carte bleue lagon bleu ça n’a pas de prix le soleil JE

poissons bariolés coraux doux à l’œil pas toucher

toucher corps à l’œil ou payé   boissons incluses

Si je vous dis lagon JE

me dis c’est  barrière pire que barbelée où est la passe Lire la suite >