Paysages avec enfants

Pas possible de rester silencieuse devant tant d’images déchirantes qui défilent sur les écrans. Images « à sensation » ou images emblématiques. Les paysages construits par les mots s’élaborent plus lentement et plus profondément. Bien sûr, ce ne sont pas des « paysages » au sens pictural ou littéraire du terme, ou alors des paysages-coups de poing, ces photos de presse qui, pour peu qu’on les regarde avec attention permettent de se projeter : être tour à tour l’œil derrière la caméra – en un dixième de seconde repérer le détail qui en dira plus long qu’un panoramique- risquer d’être voyeur, risquer d’être victime, être aussi l’enfant ou l’adulte photographié, se mettre à sa place, imaginer, l’angoisse, le dénuement, l’espoir. On dit parfois que les tortionnaires sont des gens qui manquent d’imagination. A mon avis, bien d’autres choses leur manquent, mais, c’est vrai, l’imagination permet l’empathie. Avec les lignes qui suivent, j’ai choisi de ne pas reproduire l’image qui m’a permis d’imaginer, et donné envie de réagir. L’imagination prendra ainsi toute la place. Des phrases en italique sont des paroles prononcées par des personnes au micro ou des paroles de journalistes. Lire la suite >

Inventerres

INVENTERRES se présente comme un carnet de bord écrit par une narratrice jamais lassée d’observer et déchiffrer ce qui l’entoure. C’est une découverte progressive de l’Ile de la Réunion, dont le fil conducteur est le langage. Les mots orientent la découverte : ils désignent des lieux, terres, rivières, montagnes, ravines qui existent d’abord sur le papier, sur une carte de l’île : elle ira à leur rencontre. Elle se passionne pour les noms des végétaux, des animaux, et pour tous ceux qui révèlent la présence humaine : noms de rues, souvenirs des disparus, traces du passé historique. Elle relève aussi des traces plus humbles : messages griffonnés dans l’espace public, ou sur les calumets, petits mots d’amour maladroits. Elle va à la rencontre des arbres, banians et vacoas, des fleurs sauvages et et de celles qui ornent les jardins : pour les nommer autant que pour les voir et les respirer.

Elle regarde les oiseaux, ses amis de toujours et jusqu’aux empreintes que laissent leurs pattes légères sur le sable sombre. Lire la suite >

Si je vous dis

Si je vous dis lagon vous JE

voyez fleur de tiaré vahiné bleu turquoise cocktail un verre givré

sur plateau

porté par A-nonymes en U-niforme

bien repassés par A-nonymes entassés dans la soute

du Cinq étoiles

parasol à franges

parade les aras font la roue

palmes en rythme un régiment de cocotiers dressés

au sol sable importé

blanc fin raffiné

à votre nez gardez le parfum des jasmins

les fragrances des frangipaniers

ondulent le cul des filles brille noire la peau des garçons

criez bravo

vide mental corps massé par A-nonyme aux doigts de fée

rien à faire rien à penser sans chéquier sans papier juste des perles carte bleue lagon bleu ça n’a pas de prix le soleil JE

poissons bariolés coraux doux à l’œil pas toucher

toucher corps à l’œil ou payé   boissons incluses

Si je vous dis lagon JE

me dis c’est  barrière pire que barbelée où est la passe Lire la suite >