Histoire de Raô

Conte indien transmis par Patrice Favaro

Des gens jamais contents, nous en connaissons tous, des râleurs, des rouspéteurs, ainsi Raô vous sera immédiatement familier, même si son histoire se passe il y a très longtemps, du temps où la Mère du Monde vivait encore parmi les humains.

Raô n’avait qu’un seul bœuf qui labourait sa rizière, tirait sa charrette et lui tenait compagnie. Au travail, Raô et son bœuf avaient trop chaud.

Raô s’en vint revendiquer.

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Un artiste

Conte indien transmis par Patrice Favaro

Naguère vivait dans le Tamil Nadu, une enfant très jolie qui aimait dessiner dans la poussière, sur le sol desséché, fabriquer des couleurs avec la terre et les plantes et par-dessus tout danser. Sa maison était isolée des autres maisons, toutes aussi modestes, plantées dans la campagne, loin de la ville, mais riche en oiseaux et en animaux domestiques et sauvages. La seule maison proche de la sienne était celle d’un vieillard à qui elle rendait souvent visite, sans rien dire

Un jour elle se décida à lui parler.

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Ivi la Nattée

Jadis sur la terre d’Afrique  – terre brûlée, terre en transes, terre de toutes les magies – vivait une jeune fille appelée Ivi. Sa peau était noire et douce comme le cœur de l’ébène que l’artisan polit avec amour. Ses cheveux étaient si beaux, si longs, si épais que sa mère passa plus d’un an à les lui natter. Aussi sa coiffure était-elle parfaite, comme son caractère, aimable et généreux. Ivi la Nattée, comme on la surnommait, était désirée de tous les garçons du village, prêts, juraient-ils, à ne prendre qu’une seule femme, pourvu que ce soit Ivi. Mais celle-ci n’en aimait encore aucun.

Le jour de son quinzième anniversaire, le Grand Griot s’invita dans la modeste case, suivi par un escargot.

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Neige

L’hiver 1977-1978 a été long et rigoureux, comme on dit. Ou bien « fut » long et rigoureux ? Le passé simple, non, tout de même pas, me mettre à autobiographer au passé simple ! « Long et rigoureux », c’est trop nul comme cliché, l’a fait froid, quoi, plus froid que d’hab, salement froid, mais comme on vivait pas dans des cartons ou sous le Pont de l’Alma, ni dans une baraque en tôle, on était plutôt contents, en plus des autres raisons qu’on avait déjà, d’être contents, ton père et moi.

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La septième marche

Quand tu arrives à la septième marche, il se passe toujours quelque chose. Quoi ? Un événement, une rencontre, un bouleversement. Impossible de savoir à l’avance. Si l’on n’est pas attentif, bien sûr, rien n’arrive. La septième marche du septième étage est la plus réactive.

Mais plus personne n’y pose le pied désormais, sur l’escalier du septième étage, à cause des ascenseurs. Dans ces derniers, peu de choses se passent, on prend un air absent parce qu’on est trop près des gens, c’est tout. Et on appuie avec une indifférence affectée sur le bouton du septième.

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C’est la luge …

Mon budget ! Mon budget ! Diminué de moitié, amputé de 50% !  Je suis vert, je suis mort, c’est la fin de ma carrière, de mon apostolat, de mon bénévolat ! Un scandale, une OPA, un sabotage …

Vite, mon délégué syndical !  Hélas, c’est moi, le délégué. Le seul syndiqué aussi. Alerter le Grand Patron ? Celui-là, on le voit jamais, est-ce qu’il existe, au moins ? C’est un lobby virtuel, un emploi fictif ! Vous y croyez,  vous ?

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4 décembre

École maternelle Max Duclos, quartier sainte Thérèse, la Possession. Classe des Moyens et des Petits.

La classe, les classes, de toutes les écoles maternelles, fonctionnent sur un thème unique : ça redonde, ça sursature, ça inonde, ils en redemandent. Noël. Kenny, 5 ans, 60 kilos, me montre son dessin. Qu’est-ce que c’est ça, Kenny ? Des gros ronds  tout en  couleurs descendent du bord supérieur de la feuille, passent largement autour du gribouillis bleu central (qui s’avérera être un bonhomme de neige – mais il a pas de tête ! dit Assina) et vont jusqu’au bas de la page.

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Histoire de l’Endormi

Jadis, à Madagascar l’Endormi s’appelait le Caméléon et c’était le plus rapide de tous les batraciens de la Création. On ne voyait même pas ses pattes tant elles tricotaient la vitesse. Son corps était d’un beau rouge brun, comme la couleur de la terre insulaire, et sujet à quelques variantes.

Il fonçait toujours droit devant lui, avec étourderie parfois. C’est ainsi qu’un jour il percuta violemment l’œil du Fosa. Celui-ci, se trouvant offusqué autant qu’éborgné,  s’en fut trouver le Magicien.

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Du poil de la bête

Jadis, comme on vous l’a souvent raconté, au début de la Création, les animaux parlaient. Mais vous a-t-on dit de quoi ils parlaient ?

Eh bien, les animaux à fourrure parlaient de leur fourrure.

Les animaux à plumes parlaient de leur plumage et ainsi de suite.

Et les poissons, direz-vous ? Eh bien, les poissons étaient déjà muets, c’est injuste, mais c’est comme ça.

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