Roman d’un exil forcé
Avec Le silence des Chagos, paru aux éditions de l’Olivier en 2005, l’écriture s’empare d’épisodes historiques majeurs pour l’île Maurice : l’accès à l’indépendance et l’accord entre les USA et la Grande-Bretagne pour installer une base militaire sur l’île de Diégo Garcia, dans l’archipel des Chagos. Cet archipel est présenté de manière poétique, comme « une pluie d’îles posées sur la mer. »
Dédié à des personnes réelles, « Charlesia, Raymonde et Désiré », ayant « confié leur histoire », Le Silence des Chagos relève-t-il du récit de vie ou du témoignage plutôt que du roman ? De fait, l’auteure adopte la forme romanesque et utilise les techniques narratives propres à celui-ci, en particulier le traitement de la temporalité avec un éclatement de la chronologie qui met en valeur les aspects dramatiques. Images et leitmotiv, poésie des évocations, sensibilité de la narration sont aussi ce qui institue le texte en récit littéraire. D’ailleurs, selon l’auteure elle-même, il s’agit d’une fiction, puisqu’il y a construction romanesque, réorganisation des témoignages, invention de personnages, ou transformation de personnes en personnages, stylisation propre aux fictions. On y trouve même un personnage non humain, le Nordvaer, le bateau de l’exil à qui est donnée la parole.
Mais les événements évoqués sont bien réels et l’auteure, comme d’autres artistes par la suite, affirme à ce sujet son engagement et sa volonté de voir évoluer la situation, voire de constituer une pression. Lire la suite »